Ça a bien changé, car la ville a été rasée suite à des guerres entre clans/ seigneurs il y a plusieurs siècles, et maintenant c'est une toute petite ville de province de moins de 10,000 habitants, très très loin d'arriver au début de l'orteil de Kyoto. Quelques sites ont perduré, et sont très visités, mais essentiellement par les japonais, les occidentaux préférant visiblement le Kansai au Tohoku.
Après 2h15 de Shinkansen vers le nord et 8 minutes de train local, me voilà débarquée à 450km de Tokyo au nord, au-delà de Sendai. Je me repère et mets le cap sur le site le plus connu de la ville, et l'un des plus touristiques du nord du Japon : le Chuson-ji. Autrefois, la colline entière était constellée de temples. Il n'en reste plus qu'une dizaine de bâtiments, dont le fameux Konjikido - pavillon doré richissimement décoré : bois noble, or, ivoire, etc. Je m'attends un peu à un remake à la montagne du Kinkaku-ji de Kyoto.
Comme souvent, les temples sont au sommet d'une colline, ce qui donne la sensation de devoir mériter la visite : on délaisse les affaires du monde matériel en bas, et on élève sa spiritualité au fut et à mesure des mètres pour arriver dans l'état d'esprit adéquat.
J'en profite quant à moi pour respirer l'air frais dégagé par les arbres bordant la montée :
Ensuite, voici le bâtiment du Kyozo (lui est "propriété culturelle importante"; j'adore les mille catégories japonaises :)), qui abrite une très belle collection de soutras (que l'on ne voit pas), notamment recopiés par la famille des Fujiwara, dirigeants de la ville pendant ses décennies de splendeur (12ième siècle). En plus simple, c'est la librairie du temple contenant ses textes bouddhiques :
On s'imagine l'audience assise sur des nattes, buvant du saké dans une belle ambiance festive villageoise, ou au contraire, une assemblée de moines dans la position du lotus perçant à jour les vérités fondamentales de la pièce jouée...
Certes il y a eu des rivalités entre bouddhisme et shintoïsme, mais c'est resté civilisé, les choses se tramant plutôt dans l'ombre, par batailles d'influence, que par conflits ouverts.
Après cette visite du Chuson-ji, que je recommande mais en évitant le Konjikido qui ne vaut pas les 800 yens d'entrée, j'ai repéré sur la carte prise à l'office de tourisme de la gare un sentier qui relie ce temple et l'autre grand site d'intérêt de Hiraizumi : le Motsu-ji. Parfait ! Me voilà donc partie pour 3,5 km de marche en pleine nature :
Arrivée au Motsu-ji, je me renseigne un peu sur l'histoire du site. Auparavant (12ième siècle) sans rival dans tout le Japon, habité par plus de 500 moines, il ne reste aujourd'hui presque plus rien de ses bâtiments. Par contre, le jardin a subsisté, et c'est a priori le seul exemple au Japon des jardins du style de cette époque - l'épique époque Heian, cf. le Heian-jingu à Kyoto. Forcément, du coup, il est classé dans deux catégories : "site historique spécial" et "special place of scenic beauty" (dont j'ai du mal à traduire toute la poésie du nom).
A l'entrée, un haiku de Basho (17ième siècle), maître incontestable de cet art, écrit en ces lieux :
'tis all that's left
of ancient warrior's dream"
En français : "la pelouse d'été - c'est tout ce qu'il reste - du rêve des anciens guerriers".
Ce haiku évoque bien entendu les ruines du Motsu-ji et la disparition de ce haut lieu du passé, tout en faisant référence aux hauts faits historiques qui s'y déroulèrent.
D'ailleurs, j'ai apprécié la carte reconstituée de l'aspect qu'avait le temple au 12ième siècle, ce qui permet de se rendre compte de l'envergure du lieu et de ce qui a disparu ou a été modifié :
Et c'est vraiment très beau :
Autre angle de vue :
En face du Motsu-ji, se trouve un parc qui lui aussi était le lieu d'un temple aujourd'hui disparu :
J'ai bien aimé cette visite de Hiraizumi, malgré la déception du Konjikido, car j'ai vu de belles choses, notamment : l'ancien théâtre Noh en plein air, la balade dans la nature, le jardin du Motsuji, le ruisseau artificiel période Heian.
J'ai aussi appris pas mal d'anecdotes historiques, que je vous ai épargnées, mais si ça vous intéresse, regardez les mots clefs suivants : Fujiwara family, Hiraizumi, Chuson-ji, Minamoto Yoshitsune, Minamoto Yoritomo, Benkei.
En bref : la famille Fujiwara a dirigé Hiraizumi pendant quelques générations, ayant fait fortune grâce aux mines d'or. C'est grâce à elle que Hiraizumi est devenu un très grand centre bouddhiste et que les temples ont été construits ou développés. Yoritomo Minamoto est le premier shogun du Japon, c'est à dire le plus haut dirigeant car l'empereur n'a plus eu le rôle supérieur jusqu'à 1868. Son demi-frère, Minamoto Yoshitsune, avait été élevé chez les Fujiwara. Yoritomo a fini par trouver ce clan un peu trop puissant, et a commandité la mort de son demi-frère qui s'est réfugié à Hiraizumi. Mais celui-ci a été trahi par un Fujiwara, et a péri, non sans avoir été défendu superbement et héroïquement par le fidèle Benkei pendant que lui-même tuait tous les membres de sa famille. Finalement, Yoritomo a ainsi eu la voie libre pour détruire Hiraizumi, ce qui explique qu'il n'en reste plus grand chose, alors que Heian-Kyoto a perduré.
Liens sur ces faits :
http://en.wikipedia.org/wiki/Minamoto_no_Yoritomo
http://en.wikipedia.org/wiki/Minamoto_no_Yoshitsune
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