Le premier, situé non loin du "Temple Ninja", s'appelle : Nishi-Chaya. Nishi = Ouest et Chaya = maison de thé. Pourquoi en effet croyez-vous que le thé soit si répandu au Japon ?? Parce qu'il cachait bien d'autres plaisirs... ;)
Sérieusement, voici l'explication du système dans lequel vivaient les Geishas : vendues par leurs parents à une "maison de Geisha", c'est là qu'elles habitent et apprennent toutes les ficelles de leur futur métier, non sans en baver, car avant d'atteindre le rang de Geisha, elles sont les servantes (esclaves ?) des Geishas présentes dans la demeure.
Les apprenties et les Geishas prennent aussi des cours dans des écoles pour parfaire la maîtrise des arts : shamisen (à trois cordes), tambour, danse, cérémonie du thé, chants Nô, koto (harpe japonaise), poèmes (e.g. tanka à 31 syllabes et haikai à 17 syllabes), etc.
Lorsque leurs services sont requis, elles se rendent dans les maisons de thé pour distraire les clients qui les ont appelées. Ces clients peuvent demander une Geisha spécifique, ou dire à la patronne de la maison de thé de lui appeler des Geishas de telle ou telle caractéristique (dansant très bien, ou jeune, ou expérimentée, ou très reconnue, etc.).
Les Geishas coûtent très cher, et lorsqu'elles sont très demandées, enchaînent souvent dans une même soirée plusieurs maisons de thé et plusieurs groupes de convives (elles sont payées par chaque maison de thé en fonction du temps passé).
Les Geishas ne sont pas des prostituées de luxe (sauf peut-être dans les campagnes), mais ont en général un ou deux clients (ou "sponsor") rapprochés ("danna") qui l'entretiennent (vêtements, bijoux, argent) et avec qui elles ont des relations physiques. Elle peut aussi prendre un amant (pour celui-là c'est gratuit !).
Les Geishas ont été vendues à la maison à laquelle elles appartiennent, puis leur éducation a été totalement prise en charge, ainsi que leurs toilettes très couteuses, leurs parfums, forcément raffinés, leur maquillage (il y a la dose), leurs bijoux. Ainsi, lorsqu'elles commencent à travailler, la quasi totalité de leur salaire revient à la maison pour rembourser les dépenses occasionnées au fil des ans. Au bout d'un certain temps, la dette ayant été en grande partie remboursée, elles gardent une partie plus importante de leur salaire pour elle, sans jamais cesser d'en donner une partie à la maison de Geisha (après tout, elles continuent à y être logées, nourries et blanchies, à y prendre des cours, ...).
Enfin, si elle séduit vraiment un "danna", celui-ci pourra, en plus de toutes les toilettes et bijoux offerts, racheter leur liberté à la maison de Geisha, voire même lui procurer les fonds nécessaires pour monter sa propre maison de thé ou de Geisha. Elle continuera alors à être sa maîtresse (voire parfois sa femme).
Enfin, les Geishas participent aussi à des événements mondains, notamment lors des cerisiers en fleurs, à des banquets chez de riches particuliers, et à des festivals de danse ou de musique où c'est l'occasion pour elles d'acquérir ou d'asseoir sa renommée.
Voilà pour un aperçu de la vie des Geishas. Vu qu'elles naviguent plusieurs fois par jour entre la maison de Geisha, la maison de thé et les écoles d'art, toutes ces activités étaient plus ou moins regroupées dans ce qu'on appelle maintenant "quartier de Geishas".
Pour ceux qui voudraient se plonger dans cet univers, je conseille :
- mémoires d'une Geisha, le livre dont est tiré le film, qui décrit la vie d'une Geisha de son enfance à l'âge adulte, à Kyoto
- Geisha in Rivalry, de Nagai Kafu (je ne sais pas s'il a été traduit en français), excellent pour la vie au jour le jour d'une Geisha, à Tokyo
Photos de la rue de Nishi-Chaya ayant conservé son cachet :
Juste dans le prolongement, la salle où les clients s'installaient pour boire et manger, entourés d'une ou plusieurs Geishas selon leurs ordres (et leurs moyens) :
Passons maintenant de l'autre côté de Kanazawa, dans Kazue-Machi-Chaya, l'ancien quartier de Geisha qui longe la rivière Asano-gawa.
Dans celui-ci, il reste deux rues bien conservées, parsemées de ruelles transversales.
La rue longeant la rivière :
Puis, de l'autre côté de la rivière, se trouve le quartier le mieux conservé et le plus grand : Higashi-Chaya (maisons de thé de l'est), qui fut le plus prospère.
Quelques rues centrales valent le détour, mais on trouve des maisons anciennes disséminées un peu dans tout le coin :
La tour notant l'entrée du quartier (il me semble que c'était un poste d'alerte à incendie, hyper nécessaire dans ces quartiers en bois) :
Puis on arrive au coeur du quartier de Higashi-Chaya, et là, je ne regrette à nouveau pas d'avoir fait le voyage jusqu'à Kanazawa (ni d'avoir acheté une carte mémoire de 2G ;D) - je précise que ces belles maisons sont soit des restaurants, des boutiques d'artisanat, des habitations, des salons de thé (sans Geisha), des salons de coiffure, des ryokans ; bref, c'est varié - :
Pour la plus grande joie des touristes, deux anciennes maisons de thé et de Geishas se visitent. Et, comble du bonheur, on a le droit d'y prendre toutes les photos que l'on veut !! En voici donc toute une floppée.
Commençons par l'entrée de la maison Kaikaro :
Vue du premier étage de la maison :
Dans une pièce sont rassemblés les instruments dont devait savoir jouer toute Geisha :
La maison Shima est la seconde à être ouverte au public. Elle aussi était une maison de thé de haut rang (il y avait bien sûr des maisons de thé de diverses qualités, de la plus raffinée à celle favorisant la prostitution, mais en général les quartiers étaient assez homogènes, et Higashi-Chaya était le plus réputé). Façade de la maison :
Salle pour les convives :
Il est alors temps pour moi de repartir vers le ryokan pour y prendre mes bagages avant de retourner vers Osaka.
En chemin, je passe devant les douves et les remparts extérieurs (ils délimitaient donc l'enceinte du château), un peu rattrapés par la nature :
Au final, je peux dire que j'ai adoré Kanazawa : château intéressant, quartier samouraï (même si c'est un peu petit), temple "ninja" avec mille astuces, splendides maisons de Geishas, et le magnifique Kenroku-En jardin à la japonaise.
Le tout reste à taille humaine : on visite les principaux sites en deux jours, on peut prendre le temps de déambuler, et tout se fait à pied : pas besoin de prendre métro ou bus.
En fait, j'ai trouvé à Kanazawa ce que je cherchais à Kyoto mais que je n'y avais pas vraiment trouvé. En effet, à Kyoto, les distances sont très grandes donc on ne peut se passer des transports en communs ; il y a de belles choses à voir, mais aucune maison de Geisha n'est ouverte à la visite dans Gion (ou alors elle a réussi à passer au travers des mailles de tous les guides touristiques !); il y a de beaux jardins mais assez onéreux, il y a de magnifiques temples mais tellement nombreux que l'on est sous le fardeau d'une tâche titanesque...
Je noircis le tableau (Kyoto mérite largement une longue visite), mais je crois que si Kyoto est d'une dimension bien supérieure à Kanazawa de par son héritage gigantesque (grâce auquel Kyoto fut épargnée de tout bombardement pendant la seconde guerre mondiale), et qu'elle est bien plus accessible, pourtant Kanazawa est à mes yeux la meilleure ville pour appréhender simplement et magnifiquement le Japon ancien.
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